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Une danse ancestrale entre l'humain et l'animal


Cette saison encore, Matt est venu tondre les moutons.


Comme chaque fois, les brebis se sont retrouvées les quatre pattes en l'air, la tondeuse a ronronné pendant des heures et des montagnes de laine se sont accumulées sur le plancher.


À première vue, la scène peut sembler un peu brutale.


Certains se demandent si c'est éthique. D'autres si c'est nécessaire et les derniers craigent pour le bien-être de l'animal.


La vérité est plus nuancée.


Un mouton ne se tond pas debout.


La position dans laquelle le tondeur le place n'est pas improvisée. Elle fait partie d'une technique développée au fil des générations pour immobiliser l'animal efficacement, tout en limitant son stress et les risques de blessure.



Les gestes semblent parfois brusques lorsqu'on les découvre, mais ils sont en réalité précis, répétitifs et réfléchis.


En regardant Matt travailler, je me suis surprise à photographier ses mains autant que les moutons.


Pas parce qu'elles étaient particulièrement photogéniques.


Parce qu'elles racontaient quelque chose.



Elles racontaient un savoir-faire acquis au fil des années.


Elles racontaient une pratique transmise d'un éleveur à l'autre, d'un tondeur à l'autre, d'une génération à l'autre.


Elles racontaient aussi quelque chose de plus grand.


La relation particulière qui existe entre les humains et les animaux domestiques.


Dans la nature, les moutons ne se font pas tondre.


Les ancêtres sauvages de nos moutons perdaient naturellement leur toison au fil des saisons.


Mais au cours de milliers d'années de sélection, nous avons demandé autre chose à certains d'entre eux.


Nous avons sélectionné des animaux qui produisent davantage de laine.


Davantage de lait.


Davantage de viande.


Petit à petit, nous les avons transformés.


Aujourd'hui, mes brebis laitières ne pourraient pas simplement être relâchées dans la forêt et continuer leur vie sans nous.


Même mes moutons islandais, qui conservent plusieurs caractéristiques plus proches des anciennes races, bénéficient encore de la tonte.


Leur laine ne disparaît pas complètement d'elle-même.


C'est là que se trouve, à mes yeux, toute la responsabilité de l'élevage.


Nous avons façonné ces animaux.


Ils dépendent maintenant de nous pour certaines choses.


La tonte en fait partie.


Lorsque nous élevons des moutons pour leur lait, leur laine ou leur viande, nous héritons aussi d'un devoir envers eux.


Celui de leur fournir de la nourriture lorsque les pâturages disparaissent sous la neige.

Celui de les protéger des prédateurs.

Celui de les soigner lorsqu'ils tombent malades.

Et celui, chaque printemps, de les débarrasser d'une toison devenue trop chaude pour l'été.


C'est un drôle de pacte quand on y pense.

Nous prenons.

Mais nous devons aussi donner.


C'est probablement pour cette raison que j'aime autant photographier ces moments-là.



Parce qu'au-delà de la tondeuse, de la laine ou des moutons, j'y vois quelque chose de profondément humain.


Une forme de responsabilité.

Une forme de confiance.


Une vieille danse entre l'humain et l'animal qui se poursuit encore aujourd'hui, saison après saison.

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